3) Les enjeux d'aujourd'hui



Il existe trois sortes de contrefaçon pour un parfum. D’abord l’emballage peut être imité, copié. Il est également possible de faire une contrefaçon du flaconnage. Ces deux méthodes sont facilement identifiables, à la différence de la contrefaçon de fragrance (message olfactif). Il y a quelques années, il était impossible d’imiter la fragrance d’un parfum, la recette était sous coffre-fort. Aujourd’hui, les laboratoire peuvent copier la formulation d’un parfum en à peine une journée, tout en changeant sa composition chimique en utilisant des molécules possédant les mêmes propriétés olfactives. En plus des méthodes d’analyse sensorielle, il existe désormais des méthodes d’analyse chimique. Il faut préciser ici que différentes molécules peuvent délivrer un message olfactif similaire, avec les méthodes actuelles il est possible de reproduire un parfum original tout en changeant sa composition initiale.

 

a) Les techniques d’analyse :

 

Le nez électronique, actuellement utilisé dans les industries pour les contrôles de qualité permet d’analyser des odeurs. Wilkens et Hatman sont les premiers à réaliser un nez électronique en 1964. Les premiers dispositifs commerciaux apparaissent en 1994.

 

L’étape la plus importante consiste à enregistrer une mesure sur le réseau de capteurs. Elle est ensuite rentrée dans un système de traitement de données, en précisant le nom de l’odeur. L’opération est répétée plusieurs fois, de façon à créer une base de données, établie suite aux mesures réalisées. A partir de cet apprentissage, on réalise des “classes” de données grâce à des logiciels d’analyse statistique (l’analyse en composantes principales et l’analyse factorielle discriminante). Ce classement permettra de retrouver le nom d’une odeur, ainsi que sa composition.

L’analyse en composante principale (ACP) consiste à classer les molécules les plus présentes du parfum (sur une base de donnée de 50 molécules de messages olfactifs) par ordre décroissant d’importance. Une comparaison est ensuite faite entre les molécules communes, absentes dans les deux parfums et entre les molécules dites de substitution (ayant une fragrance similaire).

 

Pour simplifier, le nez électronique se compose en quatre parties: un système d’échantillonnage de la substance gazeuse à analyser, un réseau de capteurs de gaz non spécifiques détectant des concentrations, un système de traitement des données, et enfin un procédé d’analyse ainsi que d’identification.


Nez électronique

source : http://license.gut-ev.de/fr/Test_odeurs.htm


Schéma fonctionnement du nez électronique

source : http://archive.nrc-cnrc.gc.ca/fra/licences/issm/capteurs-chimiques.html



La chromatographie a été inventée dans les années 1950. La chromatographie en phase gazeuse (CPG) permet de séparer les constituants d’un mélange de volatilité très diverses. Dans les années 1960 cette technique est couplée à un spectromètre de masse, ce qui entraîne une accélération de l’identification des composants des huiles essentielles. L’huile essentielle de rose par exemple a été plusieurs fois au cours du temps analysée, en 1950 cinquante molécules avaient été identifiées, en 1970 deux cents et quatre cents dans les années 1990. Au début cette technique permettait de contrôler les achats des matières premières, puis dans les années 1970 elle fut utilisée pour identifier ainsi que quantifier les composants connus des parfums du marché.

 

Il existe de nombreux types de chromatographie, néanmoins dans le domaine de la parfumerie la chromatographie en phase gazeuse couplée à un spectromètre de masse est la plus courante. Cette technique permet de séparer les différents constituants d’un mélange. Les substances organiques doivent être relativement volatiles. On fait circuler dans la colonne chromatographique un gaz vecteur (gaz inerte dont la fonction est de pousser les composés présents en phase gazeuse vers le détecteur) comme l’azote. Les molécules qui atteindront en premier le détecteur, situé à l’extrémité de la colonne chromatographique seront les molécules les moins retenues par la colonne, et inversement, les mieux retenues l’atteindront en dernier. On nomme cette étape le temps de rétention, il est variable en fonction des différentes molécules.

Le spectromètre de masse est placé en aval de la colonne. Son rôle consiste à capturer, ioniser, puis détecter les molécules ionisées séparément. Il brise chaque molécule en fragments ionisés, et détecte ainsi les fragments en fonction de leur rapport masse sur charge (m/z). Pour une analyse encore plus approfondie, on refragmente certains fragments sélectionnés. A la suite, on obtient un profil chromatographique avec plusieurs pics, dont la hauteur indique la concentration.

Cette technique permet d’analyser la composition d’un parfum, mais aussi de déceler les contrefaçons. Pour cela, on compare le graphique du parfum original avec celui contrefait.


Chromatographe en phase gazeuse couplé à un spectromètre de masse

source : http://www.geobiotech.fr/#/analyses-gcms/3134544




Profil chromatographique de la vanille en parfumerie
Principaux constituants : Anisaldéhyde, p-hydroxybenzaldéhyde, Vanilline, Ethylvanilline, Acide p-hydroxybenzylique.
source : http://www.quosentis.com/30-vanille-surfine-30-gr.html


Ces deux composantes employées ensemble permettent une identification beaucoup plus précise. De plus, la chromatographie en phase gazeuse ou la spectrométrie de masse seule ne peuvent pas procéder à une identification précise d’une molécule particulière. En combinant les deux appareils, le taux de probabilité que deux molécules différentes se comportent de la même manière est moindre. Cette technique d’analyse est aujourd’hui utilisée dans tous les laboratoires de parfumerie car elle permet l’identification de mélanges très complexes.



b) Le statut juridique des créations olfactives :

Tout d’abord, il faut savoir que le créateur d’un parfum est anonyme, il est connu au sein du milieu professionnel mais il n’est pas publiquement reconnu en tant que tel. Ceci se renforce avec le marketing et le regroupement des maisons de parfumeries au sein de groupes financiers.


Dans le domaine de la parfumerie, le secret est une tradition. Par exemple, il est impossible de voir une formule de parfum au cours d’une visite de société de parfumerie, même l’acheteur qui procède au lancement et à la commercialisation du parfum n’a pas accès à la formule. La composition est maintenue secrète, les laboratoires sont extrêmement sécurisés ainsi que protégés. Dans la plupart des cas, la formule n’est pas brevetée.


Le nom d’un parfum, le flacon, le procédé d’obtention d’une odeur, la formule peuvent être protégés juridiquement par le droit des brevets. Cependant, l’odeur ne peut être brevetée car elle n’est pas palpable ni matérielle et donc ne peut être décrite objectivement. La formule d’un parfum répond aux critères de brevetabilité imposés par le Code de la propriété Intellectuelle, ces trois conditions sont la nouveauté, la conception inventive ainsi que la possibilité d’une application industrielle. Elle peut être décrite grâce aux techniques d’analyse vues précédemment. Si tellement peu de formules de parfums sont brevetées c’est que cette protection n’est pas adaptée au parfum. Ce régime juridique présente des inconvénients majeurs pour le parfum.


En premier lieu, la protection du brevet ne s’applique que sur une durée relativement courte qui est de 20 ans. Passé ce délai, la formule du parfum tombe dans le domaine public, elle pourra alors être librement reproduite. Le brevet garantit la protection de la formule, mais pas du résultat. Or les parfumeurs cherchent à protéger la fragrance, car deux odeurs peuvent être identiques tout en ayant une formule différente. En outre, le plus grand inconvénient reste la divulgation de la formule qui intervient lors de la publication du brevet. Cette divulgation facilite les actes de contrefaçon. C’est pourquoi les parfumeurs ont recours au secret afin de protéger leurs créations. Ceci permet aux contrefacteurs de rencontrer de plus grandes difficultés à imiter un parfum, réalisant des copies de médiocre qualité. Toutefois, avec les progrès techniques, l’essor de nouvelles techniques d’analyse le risque de prolifération de contrefaçon augmente. Il serait plus judicieux pour les parfumeurs que ce soit l’odeur et non pas la formule qui soit protégée juridiquement.



c) La contrefaçon :


Dans la parfumerie, la contrefaçon est une activité non négligeable. En outre, les compositeurs de parfum ont commencé leur apprentissage par la réalisation de contretypes. Il est difficile d’évaluer l’ampleur de cette pratique, néanmoins la contrefaçon est une activité très significative. Même si deux parfumeurs ont exactement les mêmes instructions, ils ne feront jamais un parfum identique. Par contre, si on procède à une analyse par chromatographie on pourra obtenir un parfum semblable.


Un nez devant ses échantillons

source : http://www.fragonard.com/parfums_grasse/FR/fragonard/techniques_de_parfumerie/techniques_de_parfumerie/autres_techniques.cfm

 

Lorsque le pastiche est accompli dans un cadre de formation et non pour un usage commercial, cela ne pose aucun problème. Les “knock-off” qui sont des copies bon marché de parfums renommés relèvent de la contrefaçon des droits d’auteur, ils ont pour unique dessein la copie de la fragrance originale. Le droit de la concurrence n’empêche pas pour autant le développement de ces imitations. Dans certains pays comme les Etats-Unis, ces usages sont considérés comme légitimes puisque la commercialisation de knock-off permet aux consommateurs d’acheter des fragrances à moindre prix. En 1981, la première entreprise d’imitation, Parfums de Coeur, est créée aux Etats Unis. Ses pratiques sont connues du public. Elle utilisait et utilise toujours des techniques d’analyse telles que la chromatographie en phase gazeuse couplée à un spectromètre de masse, capables de restreindre les composants chimiques d’un parfum à ses principaux constituants. Des millions de copies se sont vendues, ce qui a entraîné l’apparition de douzaines de compagnies concurrentes sur le marché. On peut penser que la contrefaçon est bénéfique pour les consommateurs, car les parfums ne coûtent que le quart du prix du parfum original. Toutefois, le problème se pose en terme de respect des droits légitimes du créateur et de l’investisseur.

 

d) Le développement durable, un enjeu stratégique :

 

La Cosmetic Valley a mis en place une charte “Pour une Cosmetic valley Eco-Responsable” afin de promouvoir les actions de leurs adhérents au profit de l’environnement. Cette charte fonctionne avec un label environnement, c’est à dire par la remise de pivoines qui signifient l’engagement des organisations. Plusieurs niveaux de performance environnementale se distinguent :


D’après le site de la Cosmetic Valley

 

Les enjeux de développement durable et les enjeux environnementaux sont aujourd’hui au centre des débats. Cette démarche collective a pour but d’exposer le “made in France éco-responsable” du territoire. Les organismes qui signent la Charte “Pour une Cosmetic valley éco-responsable” bénéficient de la reconnaissance “Engagement” représentée par une pivoine. Ils s’engagent alors à mettre en oeuvre graduellement les principes d’éco-responsabilité dans le but d’obtenir deux, trois ou quatre pivoines. Lorsque la Charte est signée, elle est renvoyée à la Cosmetic Valley, accompagnée du formulaire de participation présentant l’organisme. Le site de l’unité candidate au label se fera inspecter par des agents qui se rendront sur place afin de constater la réalité et de de vérifier les dossiers, ceci s’applique pour le niveau 4 pivoines. Le label est valable pendant 2 ans. D’autre part, une entité peut se voir attribuer une pivoine d’or par le cabinet d’expert (par an) pour avoir accomplis des performances exceptionnelles.

 

“Acteur fédérateur du territoire, la Cosmetic Valley souhaite initier cette démarche en lien avec les collectivités locales et en cohérence avec les Agendas 21 locaux existants ou en cours de préparation.” d’après le site de la Cosmetic Valley.

 

Parmi les grandes idées de ce programme des thèmes de travail se distinguent. La Cosmetic Valley veut diffuser des pratiques respectant le développement durable afin d’inciter toutes les entreprises à faire de même : BPF (Bonnes Pratiques de Fabrication), REACH (en français : enregistrement, évaluation, autorisation et restriction des produits chimiques ; en anglais : Registration Evaluation Authorisation CHemicals), les modes de production et de consommation responsables (achat, relations avec les sous-traitants, chimie verte, gestion des déchets …), les modes de transport propres, etc. Pour valoriser le savoir-faire de la filière et du territoire, la Cosmetic Valley se charge de présenter les pratiques responsables adoptées par les acteurs afin de prendre en compte les aspects environnementaux et sociaux de leurs activités. Par ce biais, elle se positionne en tant que centre de ressources responsable au niveau mondial, ce qui lui assure la fabrication des produits cosmétiques les plus sûrs. La Cosmetic Valley intègre les enjeux du développement durable dans la conception de ses produits pour stimuler l’innovation, par exemple avec la recherche de matières renouvelables. Le développement durable permet de faire évoluer les produits, favorisant les produits de meilleur qualité. Elle initie également une charte d’éco-responsabilité (vue précédemment) autour d’engagements précisément définis (préservation des ressources).

 

Quelques exemples concrets, comme l’entreprise Caudalie qui a supprimé la notice papier de ses produits, elle est maintenant intégrée à l’intérieur de l’étui. Cette économie de papier permet une optimisation du carton.  La marque Shiseido, sixième leader cosmétique mondial, n’utilise pas de matières d’origine animale, elle essaie au maximum d’employer des matières d’origine végétales ou de culture biotechnologique. Afin de réduire l’impact sur l’environnement, une minimisation du volume de l’emballage est faite, on parle d’écoconception. Les déchets sont valorisés, c’est à dire qu’ils sont recyclés.


Un produit plus léger a un impact moins important sur le transport, de même un produit plus compact gagne en terme de consommation d’énergie pour la fabrication de celui-ci. Par ailleurs, un leader est un élément d’influence sur le marché, ces entreprises ont signées la charte d’éco-responsabilité car elles sont convaincues qu’adhérer à un concept plus fédérateur permet d’obtenir un impact significatif sur l’environnement.




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