3) Les transformations du secteur de la parfumerie depuis l’après guerre



a) baisse de la production des matières premières

 

A la fin de la seconde guerre mondiale, les entreprises de production de matière premières locales perdent une partie de leur clientèle. Beaucoup sont rachetées par des groupes internationaux, qui vont développer le commerce d'arômes alimentaires et de parfums.

Aujourd'hui le secteur de la parfumerie permet de nourrir une personne sur douze directement et un sur quatre indirectement à Grasse. Pourtant les cultures sont de plus en plus rares dans la région même. En guise d'exemple, la production de tubéreuse s'est largement réduit en 80 ans: elle était de 1800 tonnes en 1930 contre seulement 15 tonnes en 2008.


Champ de lavande à Grasse (source: http://www.grasse.fr/Champs-de-fleurs,482)

Plusieurs facteurs expliquent cette évolution.

D'abord, les industriels refusent de payer la main d'oeuvre sur le territoire car elle est trop chère. Les bénéfices sont plus importants avec la délocalisation. Le kilo d' absolu de jasmin vaut 15 fois plus à Grasse que celui d’Egypte.

On peut aussi expliquer ce prix très élevé par la Réglementation européenne Reach, en viguer depuis 2007. Elle impose que les produits naturels ne soient pas dangereux pour la santé et pour l’environnement. Les fabricants ou les importateurs de plus d’une tonne des substances chimiques concernées par an doivent s’enregistrer auprès de l’agence européenne des produits chimiques (ECHA) basée en Finlande. Ils doivent prouver que leurs produits sont inoffensifs et non dangereux. Seules les grandes maisons de parfum, comme Dior ou Chanel ont les moyens de payer le prix d’une telle expertise. Pour échapper à cette réglementation, beaucoup d’huiles essentielles sont vendues sous forme de compléments alimentaires. En plus de ne pas être soumises à cette réglementation, elles paient une TVA moins importante que la parfumerie alcoolique.

Les cueilleurs se plaignent au contraire du salaire qu'ils jugent trop bas. De plus, les saisonniers (italiens ou gitans) sont devenus rares. Il est donc plus rentable de vendre les terrains pour construire des villas que de continuer à cultiver les fleurs odoriférantes. La diminution de la production de matières premières naturelles s’explique aussi par la baisse de la demande. En effet, l’industrie s’est métamorphosée à Grasse entre les années 60 et 80. L’industrie de synthèse a remplacé l’industrie artisanale, ce qui implique une réduction des champs de fleurs dans la région.

La ville de Grasse a donc favorisé l’industrie de création et de formulation, qui consiste à inventer de nouveaux parfums, à l’industrie de transformation, qui traite les matières premières.

Le taux de chômage à Grasse reste néanmoins inférieur à la moyenne nationale sur les secteurs de l’industrie et de l'agriculture. Ceci montre que la parfumerie offre encore beaucoup d’emplois dans la production de matières premières.



b) Le passage de la parfumerie alcoolique aux arômes alimentaires, cosmétiques et industriels

 

La production d’huiles essentielles et de matières premières utilisées dans les parfums baisse fortement, remplacée par les arômes naturels et de synthèses, utilisés dans la cosmétique, l’alimentation et l’industrie.

Grasse représente a elle seule la moitié du marché senteurs et aromes en France,  et 6 à 8% du marché mondial.

Les arômes destinés à l’industrie alimentaire atteignent presque 50% du chiffre d’affaire des industries à Grasse, dont plus de 60% sont exportés, principalement aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et en Allemagne. Ces arômes sont utilisés dans l’industrie laitière, les crèmes glacées, la patisserie, les plats cuisinées, les boissons gazeuses, etc.

Cette évolution vers les arômes n’a pas lieu qu’à Grasse mais dans toute la France. Une enquête de PRODAROM, syndicat professionnel national dont les membres sont des fabricants de matières premières pour l’industrie de la parfumerie, le montre. D’après elle, le ratio des ventes entre la parfumerie et les arômes alimentaire était de 75,2 pour la parfumerie pour 24,8 pour les arômes en 2008; et de 73,8 pour la parfumerie contre 26,2 pour les arômes en 2009. On remarque donc une progression de 24,8 à 26,2 pour les arômes, c’est à dire de 1,4 points. Cette progression ne s’expliquerait non pas uniquement par une augmentation de la vente des arômes alimentaires, mais aussi par une baisse des ventes de parfums.




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