2) L'essor de l'industrie grassoise avec l'apparition des solvants volatils





a) l’apparition des solvants volatils

 

A la mort de son père, propriétaire négociant en parfumerie à Grasse, Léon Chiris hérite de l’entreprise familiale, et va considérablement la développer. Il est le premier industriel de la ville à utiliser des machines à vapeur. Il utilise beaucoup les colonies pour ses productions de matières premières, comme l’Algérie où il fait construire une usine.

En 1894, il acquiert les premiers brevets pour l'extraction de produits végétaux par des solvants volatils. Cela marque le passage de l'artisanat à l'industrie moderne. Cette technique a permis de remplacer l'enfleurage.

 

L’extraction par solvants volatils consiste à dissoudre la substance qui contient l'huile essentielle que l'on veut extraire dans un solvant et à l'éliminer ensuite afin de récupérer l'huile essentielle. On l'utilise sur des plantes comme la rose, le jasmin ou la tubéreuse.

 

Le choix du solvant a un grande importance dans ce procédé.

En effet, la molécule odorante que l'on veut extraire doit être très soluble dans ce dernier pour que l'extraction soit possible. La solubilité d'une molécule dépend de sa polarité. Un composé polaire est soluble dans un solvant polaire par exemple, l'eau et l'alcool sont des composés polaires. De même, un composé peu polaire est soluble dans un solvant peu polaire comme l'hexane ou le benzène.



à gauche :Forme topologique du benzène

source :

http://www.pherobase.com/database/kovats/kovats-detail-benzene.php

à droite : Forme topologique de l’hexane

source :

http://www.chemistry-reference.com/q_compounds.asp?CAS=110-54-3&language=fr

 

Les molécules odorantes sont en majorité peu polaires ou apolaires.




On donne l’échelle suivante :



Le solvant utilisé doit également être liquide à la température et à la pression où l'extraction est réalisée. Sa température d'ébullition doit être faible afin de faciliter son élimination à la fin du procédé.

Enfin, le solvant choisi ne doit pas réagir chimiquement avec l'espèce extraite.

 

A l'origine, l'éther était le solvant le plus utilisé, mais à cause de sa nature inflammable et polluante, il a été remplacé par le benzène et le dichlorométhane, eux aussi interdits par la suite à cause de leurs effets cancérigènes. Aujourd'hui, l'hexane est le principal solvant utilisé.

 

Une fois le solvant choisit, on place le matériel végétal dont on veut extraire l'essence dans une cuve spécialement adaptée. Plusieurs étages y sont aménagés dans le but de pouvoir entasser une grande quantité de plantes sans les abîmer. Des trous sont également percés dans les plaques de chaque étage afin que le solvant puisse s'écouler d'un étage à un autre. On nomme cette cuve un extracteur.

Puis on effectue plusieurs lavages au solvant pour extraire un maximum d'huile essentielle. L'espèce à extraire étant très soluble dans le solvant utilisé, celle-ci passe de la plante au solvant.

Le lavage est fait à basse température. Le plus souvent, il faut effectuer deux ou trois lavages à la suite afin de perdre le moins de molécules odorantes possible.


cuves d’extraction par solvant volatils (source:

http://www.savoirs.essonne.fr/sections/ressources/photos/photo/parfums-cuve-dextraction-avec-solvants-volatils/)

 

La solution obtenue est ensuite mise à bouillir pour éliminer le solvant, étant donné que celui-ci a une température d'ébullition inférieure à celle de l'huile essentielle. Le produit obtenu contient alors encore des cires et des corps gras. Il se nomme essence concrète s'il est issu d'une fleur ou résinoïde s'il a été obtenu à partir de plantes sèches comme des racines ou de la mousse et ressemble à ce moment à une pâte fortement odorante.

 

On réalise ensuite une série de lavages à l'alcool pour purifier le produit obtenu. L'alcool est utilisé car, à l'inverse de l'huile essentielle, les corps gras et les cires de la concrète ou de la résinoïde n'y sont pas solubles. Durant cette étape, les produits obtenus lors de l'extraction sont mis en contact avec l'alcool dans une cuve de macération. Ils y restent entre plusieurs jours et plusieurs mois. Pendant cette durée, les corps gras issus des végétaux forment un précipité. Puis, une série de glaçages et de filtrages sont effectués afin d'éliminer le précipité qui aura gelé sous l'action du froid. Enfin la solution est portée sous vide afin d'évaporer l'alcool et d'obtenir l'absolue.

 

Cette technique a pour intérêt de ne pas abîmer les plantes fragiles puisqu'elle ne nécessite pas de températures élevées, elle possède de plus un meilleur rendement que l'enfleurage ou l'expression.

Elle produit cependant une essence d'une moins bonne qualité étant donné qu'il reste parfois des impuretés (solvant ou alcool) qui peuvent altérer son odeur. De plus, elle est plus coûteuse et plus longue à appliquer qu'une distillation puisqu'elle peut durer jusqu'à plusieurs mois. Enfin, l'utilisation abondante de solvants crée un important risque d'incendie ainsi qu'un risque de pollution.



 b) L’essor de Grasse au XXe siècle

 

 L’extraction par solvants volatils prend une place importante à Grasse dès les années 1920, où elle remplace l’enfleurage. L’industrie du parfum se  métamorphose dans la ville. Les essences et absolus sont produites en grande quantité et demandent moins de main d’oeuvre. Des milliers de tonnes de fleurs, comme le jasmin, la rose “Centifolia”, la fleur d’oranger et la violette, sont produites chaque années. Ainsi, l’entre-deux guerres symbolise l’apogée de  Grasse.

En plus de l’apparition des solvants volatils, on note le début de la délocalisation des productions de matières premières vers les colonies dans les années 30. L'Empire colonial français s'avère en effet être moins onéreux que Grasse. Il est plus rentable de délocaliser les champs vers les colonies. Madagascar, les Comores et la Réunion sont les principales colonies productrices des matières premières., notamment de l’ylang-ylang.



Cultures d’ylang-ylang à Madagascar (source:

http://www.lesnotesparfumeesparcamillelethu.fr/post/Ylang-ylang-%3A-d%C3%A9couvrir-une-mati%C3%A8re)

 

Ainsi, l’apogée de Grasse se termine lors de la  Seconde Guerre mondiale, à cause de la chute de l'approvisionnement en matières premières provenant des colonies et de la baisse de la demande américaine.

Par la suite, la décolonisation des principales colonies exportatrices de matières premières entraîne une forte diminution de l’industrie de la parfumerie  à Grasse, qui perd ses liens avec ses producteurs.




Sommaire

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×