1) Grasse, capitale du parfum, connue pour ses techniques d’enfleurage



a) Grasse capitale du parfum


Ville de Grasse (source: http://musme.over-blog.com/article-promenade-a-grasse-cite-des-parfums-82794690.html )

Grasse est une ville située au sud de la France, dans le département des Alpes-Maritimes, en région Provence-Alpes Côte-d’Azur, en arrière pays niçois. Elle est la sous-préfecture de son département dont elle est la quatrième ville la plus peuplée. Elle est aujourd’hui considérée comme la capitale du parfum. En effet, l’industrie de la parfumerie à Grasse représente 7 à 8% du secteur mondial dans la filière senteurs et arômes, et 50% du chiffre d’affaire national. Cette ville avait un lien très important avec Paris, concernant le secteur de la parfumerie. Les matières premières et les essences étaient fabriquées dans la région, pour être ensuite acheminées dans la capitale où les maîtres parfumeurs confectionnaient des parfums.



situation géographique de Grasse, au niveau de la lettre “A” (source : https://maps.google.fr/maps?hl=fr&q=grasse&ie=UTF-8&hq=&hnear=0x12cc25fe3958edfb:0x117727988cf82e2d,Grasse&gl=fr&ei=RxTCUKH5Ic-WhQeL-oDQAw&sqi=2&ved=0CLUBELYD)


La renommée de Grasse commence au XIIe siècle, où les tanneurs viennent s’installer à Grasse. La région s’avère être riche en myrte et en lentisque, utilisés comme colorants verts pour la tannerie.


 

A gauche: myrte trouvé dans  http://www.lepetitherboriste.net/plantes/myrte.html

A droite: lentisque trouvé dans  http://www.editeur-corse.com/blog/2011/11/pistachier-lentisque/

 

Le cuir avait une odeur forte et désagréable, ce qui ne convenait pas à la clientèle fortunée. Pour remédier à ce problème, Gallimard serait le premier à avoir eu l’idée de parfumer des gants, qu’il aurait offert à la reine Catherine de Médicis. L’innovation connaît un véritable succès, et le métier de gantier parfumeur est reconnu par la Noblesse en 1614.

Ce nouveau métier va élever Grasse au titre de Capitale de parfum. En effet, la région est propice à l’agriculture florale en raison de son climat méditerranéen, particulièrement doux. De plus, la ville bénéficie d’un micro-climat. De nouvelles plantes sont alors cultivées dans la région: le jasmin, importé d’Inde en 1650, la rose cultivée à Grasse depuis la même année et la tubéreuse venue d’Italie vers 1670.


     

A gauche tubéreuse : http://www.biolandes.com/production-plantes-aromatiques.php?id=71&lg=fr

Au centre rose centifolia : http://www.le-domaine-de-manon.com/index.php?page=la-rose-centifolia

A droite jasmin : http://www.aroma-pure.com/jasmine.htm



L’industrie du gant s’est considérablement réduite au XVIII siècle à cause des impôts trop élevés. L’industrie de la parfumerie fine devient alors l’activité principale de la ville de Grasse. Un nouvelle technique d’extraction va  participer à l’essor de Grasse: l’enfleurage à froid, apparu en 1750. Alors qu’avant les plantes les plus fragiles étaient séchées pour donner des parfums de piètre qualité, l’enfleurage à froid  permet d’extraire l’odeur des fleurs en douceur.

b) les techniques d’enfleurage

 

Dans la nature, il existe différents types de molécules. Certaines sont lipophobes, c'est à dire qu'elles ont tendance à "fuir" les corps gras, d'autres à l'inverse, sont lipophiles et ont tendance à se mélanger aux corps gras. Les molécules odorantes appartiennent à la deuxième catégorie. C'est sur ce principe que se base l'enfleurage. Les molécules lipophiles sont souvent hydrophobes et les molécules lipophobes sont à l'inverse, souvent hydrophiles.

 

L'enfleurage a pour but l'absorption des odeurs par un corps gras également appelé la panne. Il a été utilisé jusqu'en 1930 pour extraire l'huile essentielle de fleurs telles que la rose ou le jasmin. On distingue deux méthodes d'enfleurage : l'enfleurage à chaud aussi appelé digestion ou macération et l'enfleurage à froid.

 

 

Femmes pratiquant la méthode d’enfleurage (Source:

http://tpe-huile-essentielle.e-monsite.com/pages/i-les-differents-procedes-d-extraction-d-une-huile-essentielle/3-extraction-par-enfleurage.html)


Les Égyptiens utilisaient déjà cette première méthode. Elle consiste à mettre de la graisse ou de l'huile d'olive ou d'amende douce à fondre dans de grands contenants et à y placer les fleurs. Le corps gras est ici l’excipient, c'est à dire l'élément auquel va se mélanger l'huile essentielle. On change régulièrement les fleurs (une fois par jour environ) dont l'essence a été absorbée par la graisse. Cette opération est répétée une dizaine de fois jusqu'à ce que le corps gras soit saturé, c’est à dire qu’il ne puisse plus absorber d’huile essentielle. A la fin, on retire les fleurs et on obtient alors une pâte parfumée, nommée pommade aux fleurs. La pommade obtenue peut servir directement dans la fabrication de cosmétiques ou être ensuite traitée avec de l'alcool afin de séparer le parfum de la graisse. Les molécules odorantes se dissolvent dans l'alcool, après, le mélange est refroidit afin de pouvoir séparer l'alcool du corps gras. Le produit obtenu est alors appelé absolue de pommade. L'alcool est ensuite évaporé pour ne laisser que l'absolue. L'enfleurage à chaud était utilisé pour les fleurs de roses ou d'oranger par exemple, pour lesquelles un enfleurage à froid n'aurait pas suffi à extraire l'huile essentielle.

 

Cette méthode ne convient cependant pas à tous les types de fleurs, les fleurs de jasmin ou de violettes sont par exemple trop fragiles pour supporter un enfleurage à chaud, c'est pourquoi on pratiquait aussi une autre méthode : l'enfleurage à froid.

Cette méthode consiste à piquer des fleurs fraîches sur une plaque nommée châssis que l'on recouvre d'un mélange de graisse de bœuf et de porc.


Châssis d’enfleurage, avec fleurs de jasmins

source :

http://boisdejasmin.com/2011/04/perfume-vocabulary-and-fragrance-notes-enfleurage.html

 

L'huile essentielle des fleurs est ainsi transférée de la fleur au corps gras, de la même manière que pour l'enfleurage à chaud. On répète l'opération en changeant les fleurs tous les deux à trois jours durant environ trois mois. La pommade obtenue est après traitée de même que pour un enfleurage à chaud. La technique de l'enfleurage à froid était très utilisée par la ville de Grasse qui fit fortune grâce à celle-ci.

 

Ces méthodes avaient pour avantage de donner un produit d'une grande qualité. Elles permettaient d'extraire les huiles essentielles de plantes ou de parties de plantes qui auraient été trop fragiles pour supporter la chaleur d'une distillation. De plus cette méthode est écologique puisqu'on n'avait pas recours à des produits polluants.

 

Cependant le coût et la quantité élevée de plantes nécessaires à l'enfleurage ont mis fin à l'utilisation de cette technique. En effet 3 kilos de fleurs sont nécessaires afin de saturer 1 kilogramme de graisse. De plus, il est nécessaire de disposer d'une grande main d’œuvre afin de changer les fleurs. Et la graisse était également peu pratique d'utilisation car elle a tendance à fondre facilement. L’enfleurage est toujours pratiqué à quelques endroits en France et en Inde, mais plus de manière industrielle.

 

c) Grasse au XIXe siècle

 

Au début de l’ère industrielle, des maisons de parfumerie voient le jour à Paris, comme Guerlain. Grasse se perfectionne alors dans la production de matières premières.

 

Au XIXe siècle, Grasse est surtout connue pour ses productions de pommades et d’huiles parfumées obtenues par l’enfleurage, et pour ses huiles essentielles obtenues par distillation.

 

En 1780, Lavoisier écrit la formule de la fermentation alcoolique dans son Traité élémentaire de chimie.

C6H12O6  =>  2C2H5OH + 2CO2

glucose  => éthanol + dioxyde de carbone

Beaucoup de distilleries industrielles d’alcool s’installent au début du XIXe siècle en France, suite à cette découverte. L’une d’entre elles se serait installée dans le midi en 1810, c’est à dire à proximité de Grasse. Par la suite, l’alcool est devenu moins cher dans la région ce qui a développé les lavages des pommades odorantes dans la capitale du parfum.

 

De plus, rappelons que la mode au XIXe siècle (après la Restauration) est aux parfums légers et floraux. Seul l’enfleurage permet d’extraire certaines substances odorantes comme le jasmin. Cette mode participe ainsi beaucoup à l’enrichissement de la ville de Grasse, devenue professionnelle dans cette technique d’extraction.

 

Au milieu du XIXe siècle, on remarque une hausse importante de la main d’oeuvre à Grasse, qui peut s’expliquer par le succès que connaît l’enfleurage à cette époque.

salle d’enfleurage de jasmin, usine Lautier fils, début du XXe siècle, Grasse (source: http://tpe2012leparfum.e-monsite.com/pages/distillation/par-enfleurage.html)

 

Cette hausse de la main d’oeuvre va de pair avec les mutations de l’industrie à Grasse. Sur les 52 usines que la ville comprend, 36 ont été construites  au XIXe siècle.  6 autres ont été construites au début du XXe siècle, alors que seulement 7 sont mises en fonctionnement entre 1910 et 1970. Ces zones industrielles, datant pour la plupart des années 1860 se construisent sur de vastes terrains agricoles, en périphérie de la ville, le long des axes routiers. De plus, de nombreuses fabriques s’installent en ville. Alors qu’elles ne sont rarement composées de plus de deux bâtiments, les usines peuvent devenir de dimensions énormes au cours du temps.

 

Cependant, l’enfleurage ne permet pas de produire en grandes quantité, il demande beaucoup de main d’oeuvre et de temps. On note une première régression de son utilisation vers 1880, où il est concurrencé par les  premières senteurs de synthèses et par les nouvelles techniques de distillation. Vers 1920, l’enfleurage devient une technique d’extraction marginale, remplacée par l’extraction par solvants volatils.



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